AGORA


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À la fois «forme et esprit», l’agora, généralement située à un carrefour important du réseau urbain, matérialise remarquablement la notion de cité grecque. Elle incarne de façon si évidente cette notion que, dans sa Périégèse (X, IV, 1), Pausanias hésite à donner le nom de cité à Panopeus de Phocide car «cette ville ne possède ni bureaux d’administration, ni gymnases, ni théâtre, ni agora, ni fontaine». Dans ses études sur l’agora et le forum, Roland Martin souligne le parallèlisme étroit existant à l’origine entre ces deux formes tant dans leur fonction que dans leur mode de formation: «La place primitive est un point de rencontre politique, religieux, commercial parfois, et aussi topographique, en liaison étroite avec les grands axes de circulation du groupement, quelle qu’en soit la disposition.»

Mais si l’agora et le forum naissent d’une nécessité commune, ils évoluent séparément selon l’histoire des civilisations auxquelles ils appartiennent, pour de nouveau retrouver des analogies et s’influencer mutuellement à l’époque dite hellénistique — et davantage encore à partir de la conquête romaine dans le bassin oriental de la Méditerranée.

Signe essentiel de l’hellénisme, l’agora se rencontre dans tout le monde grec. L’exemple le plus ancien que l’archéologie ait permis d’étudier a été récemment retrouvé en Sicile, à Mégara Hyblaea. La composition, l’orientation des divers monuments de cette place démontrent que, dès la seconde moitié du \AGORA VIIe siècle, les Grecs organisaient déjà l’agora selon les principes qui seront appliqués pendant des siècles; prise dans le réseau urbain, la place publique de Mégara se trouve définie par trois grandes artères qu’elle borde; deux rues plus étroites y aboutissent également. Elle constitue ainsi le cœur naturel de la cité. L’espace qu’elle occupe a été réservé aux édifices essentiels. Défini par des portiques au nord et à l’est, il n’en reste pas moins largement ouvert et permet un libre accès aux deux temples situés au sud. Malgré le propylon, il n’y a pas de coupure entre le réseau environnant et l’agora.

Durant toute sa formation monumentale, c’est-à-dire jusqu’au \AGORA IVe siècle, l’agora grecque conservera cette caractéristique primordiale: poumon de la cité, elle n’est jamais fermée, étouffée, privée d’échanges avec le reste de la ville. Sur la place se déroulent les principales activités de la vie publique; ses fonctions sont multiples et évoluent avec les siècles. Elle incarne parfaitement la formation de la polis : à l’origine simple lieu d’assemblée à caractère principalement militaire, elle s’enrichit d’importantes fonctions judiciaires et religieuses bien mises en valeur par Hésiode et Eschyle.

L’agora, qui au départ pouvait n’être qu’une simple esplanade, va ainsi accueillir tout les grands monuments de la cité. Les fouilles de l’Agora d’Athènes — placée en contrebas de l’Acropole, c’est-à-dire à un endroit particulièrement privilégié — démontrent à quel point la monumentalisation de la place est liée à l’histoire et à la politique d’Athènes. Pisistrate y avait vraisemblablement installé sa résidence. Ses fils donnent à la place la fontaine de l’Enneakrounos et l’autel des Douze Dieux. Puis à la fin du \AGORA VIe siècle, les réformes de Clisthène entraînent un grand programme de travaux: aménagement du tribunal de l’héliée, du bouleutérion (ou salle du Conseil), installation d’un sanctuaire à la Mère des dieux. C’est avec ce monument que les divinités s’implantent définitivement sur l’Agora.

Il est important de remarquer que l’installation des monuments cultuels sur l’Agora d’Athènes est postérieure à celle des édifices administratifs, politiques et judiciaires, et que, de plus, les premiers dieux à y être accueillis, par exemple Apollon, jouent un rôle dans la vie politique. Ce sont les tyrans qui vont d’ailleurs développer les manifestations religieuses qui mettent en valeur le sentiment national. La fête des panathénées se déroule pour une grande part sur l’Agora, et Pindare mentionne qu’à cette époque les dionysies devaient avoir lieu à proximité de l’autel des Douze Dieux.

Au début du \AGORA Ve siècle, des changements notables — tel le déplacement des représentations théâtrales, dont l’origine est liée au culte, et l’abandon de l’Agora par l’ecclésia, assemblée des citoyens pour les questions politiques — annoncent la tendance qui va se développer: la place publique va dès lors être de plus en plus occupée par des activités commerciales et par le petit peuple. Cette modification de la vie de l’agora survient en fait au moment où Athènes et la Grèce subissent les destructions des guerres médiques (\AGORA 480). Le pays entier se transforme alors en un vaste chantier et l’on reconstruit dans la tradition, tout en tenant compte des nouvelles formules d’urbanisme mises en application sur la côte ionienne, principalement à Milet. Le grand site d’Asie Mineure, qui avait lui-même été ravagé au début du siècle, va en effet se donner un nouvel urbanisme. Hippodamos de Milet, dont le nom est attaché à cette création, imagine et construit une cité à plan orthogonal, à îlots réguliers, où des espaces nombreux sont réservés aux diverses fonctions de la vie publique. Les compositions monumentales d’Hippodamos deviennent rapidement célèbres. L’extrême régularité de ses plans va désormais influencer irrémédiablement les agoras de Grèce propre, qui s’étaient jusqu’alors construites au fur et à mesure des besoins de la cité, sans rigueur absolue: «Dès lors, l’agora n’est plus seulement une notion morale; elle se matérialise et devient l’élément le plus important de la composition urbaine.» C’est là que réside le grand changement provoqué par les créations milésiennes. L’Agora d’Athènes, par exemple, s’orne d’un grand nombre de portiques qui définissent de plus en plus les limites de la place. Ils lui donnent un rythme qui met en valeur l’espace et les monuments qui l’occupent.

Ainsi, l’agora grecque semble atteindre son apogée au \AGORA IVe siècle, mais cette étape précède de peu celle de la désintégration. Deux causes parallèles provoquent ce phénomène: concurremment à la décadence de la polis dont la notion n’est plus véritablement incarnée par l’agora, le développement économique entraîne la démultiplication des zones commerciales, des entrepôts, déjà mise en vigueur par Hippodamos. Privée de sa véritable raison d’exister, l’agora se coupe progressivement du reste de la ville. La place sera de plus en plus fermée, comme le prouvent les exemples hellénistiques de Pergame, d’Éphèse, de Délos, où l’on applique désormais des schémas systématiques. Et, l’agora, qui, à son origine avait supplanté l’acropole dans la vie de la cité, devient une place à l’ordonnancement très monotone. Les portiques régularisent désormais sans différence l’agora et les sanctuaires, et tous les plans commencent à se ressembler. C’est à ce point que l’histoire architecturale de l’agora, par des détours qui lui sont propres, va très curieusement rejoindre celle du forum d’époque tardive.

Expression de la polis grecque, l’agora meurt avec elle, vidée de son sens. Elle modifie ses structures au point de ne plus être qu’un mot, et son rôle primitif disparaît définitivement avec la rencontre des civilisations hellénistique et romaine.

agora [ agɔra ] n. f.
• 1831; mot gr.
1Antiq. gr. Grande place, avec boutiques, tribunaux, etc., où siégeait l'assemblée du peuple (cf. Forum).
2(v. 1975) Espace aménagé pour la circulation piétonnière, dans un ensemble urbain moderne.

agora nom féminin (mot grec signifiant assemblée des citoyens, puis place publique) À l'époque grecque classique, la place publique, centre administratif, religieux et commercial de la cité. Dans une ville nouvelle, espace piétonnier en général couvert, centre important d'activités diverses. ● agora (difficultés) nom féminin (mot grec signifiant assemblée des citoyens, puis place publique) Genre Féminin : une grande agora est prévue au centre de la ville nouvelle.

agora
n. f. Place publique et marché des anciennes villes grecques.

⇒AGORA, subst. fém.
ANTIQ. GR. ,,Dans la cité grecque, lieu où à l'origine, se réunit l'assemblée des citoyens, puis qui devient la place principale de la cité : centre politique, économique, religieux autour duquel se range une partie des édifices publics. (Elle est l'équivalent du forum romain).`` (VILLE 1967) :
1. Mérindol, appelé par Picard, se présenta devant le duc plus pâle qu'un voleur qu'on mène prendre, les tempes emperlées de sueur, la gorge sèche et la langue empâtée; il lui eût été bon en ce moment d'angoisse d'avoir un caillou dans la bouche comme Démosthène, orateur athénien, haranguant la mer, pour se donner de la salive, faciliter la prononciation et délier la faconde, d'autant que la face du jeune seigneur était plus tempestueuse que celle d'aucune mer ou assemblée de peuple à l'agora.
T. GAUTIER, Le Capitaine Fracasse, 1863, pp. 345-346.
2. Je ne chercherai pas à faire de la métaphysique ni de l'apologétique. Mais je reviendrai, avec ceux qui voudront me suivre, sur l'agora. Et là, tous ensemble, nous écouterons saint Paul...
P. TEILHARD DE CHARDIN, Le Milieu divin, 1955, p. 25.
Prononc. — 1. Forme phon. :[]. 2. Dér. et composés : agoranome, agoraphobie.
Étymol. ET HIST. — 1831 Antiq. gr. « place publique dans les cités grecques, qui servait pour le marché, et pour certains actes civils et politiques » (J. MICHELET, Hist. romaine I. L 2 Conquête du monde, p. 168 : pouvait-elle faire entendre l'harmonie des sphères célestes au milieu du tumulte de l'agora démocratique des villes achéennes?).
Empr. au gr. (de « rassembler ») « lieu où l'on se réunit », d'où « place publique » attesté dep. Homère (Iliade, 7, 382 ds BAILLY); Der kleine Pauly, t. 1, 1964, col. 141.
STAT. — Fréq. abs. litt. :16.
BBG. — BÉL. 1957. — Bible 1912. — BOISS.8. — CHABAT t. 1 1875. — LAVEDAN 1964. — MARCEL 1938. — PERRAUD 1963. — VILLE 1967.

agora [agɔʀa] n. f.
ÉTYM. 1831; mot grec.
1 Antiq. grecque. Grande place publique, analogue au forum des Romains, avec boutiques, tribunaux, etc., et où siégeait l'assemblée du peuple.
2 (V. 1975). Espace aménagé pour la circulation piétonnière, comportant des services administratifs (préfecture, tribunaux, etc.) et des boutiques, dans un ensemble urbain moderne. Forum, parvis.REM. Dans ce sens, le mot a d'abord été employé à propos de la ville nouvelle d'Évry, dans la région parisienne. Il reste d'un emploi rare comme nom commun.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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